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LA RÉVOLUTION DE 1848

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En dépit du grave échec  électoral de 1842, l’opposition fait son chemin, lentement, souterrainement. Elle se fonde d’a­bord sur l’incontestable malaise social qui ternit le libéralisme triomphant. Adoptant une attitude résolument paternaliste, le pa­tronat alsacien est en effet en grande partie responsable de la situation désastreuse qui est celle de la région : salaires notoi­rement insuffisants et établis de manière anarchique, emploi croissant de la main-d’œuvre féminine et infantile (il s’agit sou­vent d’enfants de huit ans !), usage de la Garde nationale pour briser les grèves, comme celle de Dornach par exemple.

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Sourde la plupart du temps, la révolte éclate parfois au grand jour. Tel est le cas à Mulhouse, le 26 juin 1847, avec la  » fête des boulangers « . A Strasbourg, l’avocat Liech­tenberger n’a de cesse d’entretenir la polémique avec les autorités . carbonaro  au temps de sa jeunesse et défenseur du colonel caron en 1822, Louis Liechtenberger est depuis 1830 le es Républicains. A ce titre, il joue un rôle particulièrement actif à l’occasion de la campagne des banquets qui enflamme en 1847. Réuni le 5 septembre, peu après celui de colmar le banquet de Strasbourg voit quelques 700 convives porter  un  toast  » à la souveraineté du peuple « . En janvier de e suivante, trois députés alsaciens s’opposent à l’adresse de confiance au roi et à Guizot. En février, c’est la révolution!

Attisée  par  la  crise  économique  de   1847,   dont  les se révèlent dramatiques dans la région de Mulhouse tout le Sundgau, l’émeute sévit d’abord dans les campâ­tes sont d’une telle violence que L. Liechtenberger, rornmissaire de la République, doit les réprimer à plu-reprises,  notamment à Haguenau ou à Marmoutier.

Mais à la violence succède bien vite l’enthousiasme général. En Alsace également, peu de révolutions auront été animées par des idéaux humanitaires et démocratiques aussi sincères que ceux de la Seconde République à ses débuts. On considère avec euphorie le développement du mouvement parisien de même que le déclenchement des insurrections de Vienne, de Berlin Milan.   C’est  dans  la  ferveur  populaire  que  sont instaurés suffrage universel, l’abolition de l’esclavage, la liberté de la presse ou la liberté de réunion. Dissoute en 1834, la garde nationale (désormais ouverte aux ouvriers) est reconstituée à Strasbourg rg.  La prolifération des clubs (on en dénombre de six à Strasbourg) où l’on débat avec ardeur de mme la peine de mort ou le chômage, est le signe patent de cette vitalité politique retrouvée. En Alsace comme ares provinces apparaissent les commissions dont le rôle va croissant : commissions municipales et surtout commission avec des hommes tels que Gloxin, Eissen teraberger (qui préside aux destinées ).

En avril 1848 les élections à l’Assemblée Constituante se même que dans le reste du pays, par le triomphe tains modérés. Considérée dans son ensemble, l’Alsace  27 parlementaires républicains à la Chambre. Dans v r l’emporte la liste conduite par Kestner, Struch et Chauffour, tandis que le Bas-Rhin voit la victoire écrasant: de Liechtenberger et de ses partisans (Martin, Champy, La -Engelhardt, Coulmann) avec plus de  118 000 suffrages 122 000 exprimés.

L’écrasement des ouvriers parisiens lors des sanglant»  » journées de juin  » provoque en Alsace un raidissement < vie politique. Jusqu’alors, l’éventail politique présentait de droite à gauche les « Blancs  » (conservateurs), les « Bleus  » (constitutionnels modérés) et les « Rouges  » (radicaux),Occupant uni position médiane (donc constamment acculés au compromis ;-même que déchirés par leurs tendances centrifuges,) les constitutionnels accusent, à partir de juin 1848, une baisse de popularité  assez considérable. Leur conservatisme  » mou  » déçoit bient: une majorité de gens, sans compter que des dirigeants tels qui Struch ou Eissen (le successeur de Liechtenberger à Strasbourg sont loin de se montrer toujours à la hauteur des événements.

Les élections législatives de mai 1849, ainsi que celles de mars 1850, sont caractérisées par un recul décisif des « Bleus et par une clarification de la vie politique. L’Alsace semble donc s’acheminer vers une sorte de bipolarisation excluant les modérés : conservatisme ou socialisme, telle est la nouvelle alternative.

Chacun choisit son camp en pleine connaissance de cause. A gauche se retrouvent par exemple le Dr Pierre-Paul Jaenger, le Dr Emile Kûss, Charles Boersch ou Jules Erckmann. Venus d’horizons différents, (et professant souvent des conceptions pasa-blement disparates) ces personnalités sont loin de former un courant homogène. Jaenger et Erckmann sont avant tout des idéalistes assez proches du ‘ ‘ fouriérisme ‘ ‘ tandis que Kûss et surtout Boersch ont tendance à pencher pour un socialisme militant. Toutes ces nuances démocratiques, communistes, théocrates, montagnardes ou phalanstériennes éclatent du reste assez rapidement en sociétés, clubs et groupuscules divers. Dès l’au­tomne 1848 se forme ainsi (à l’instigation de Kûss) le Club de la Réunion des Arts, qui réunit plusieurs centaines de membres et engendre à son tour le Club du Cheval blanc et le Club du quai de la Bruche…

Les ‘ ‘ Rouges ‘ ‘ sont soutenus par de multiples feuilles locales, de parution souvent éphémère et d’audience assez restreinte il est vrai. En dépit de sa publication sporadique, le « Républicain alsacien », organe bilingue fondé en mars 1848, s’affirme comme us Important de ces journaux. Son successeur spirituel, le rate du Rhin ‘ ‘, également bilingue et fondé par Ferdinand d  i une existence tout aussi mouvementée mais des tendance socialisantes encore plus prononcées. Considéré à une aine époque comme un journal de Gauche, le  » Courrier du •   ‘. de tendance protestante et libérale, verse très rapide-dans le camp des  » bien-pensants « . Défenseur de la politique général  Cavaignac, il évoluera après 1851 vers des tonalités de plus en plus officielles.

Du côté des conservateurs se regroupent des hommes tels que kirschleger, Sengenwald, Durckheim-Montmartin, Anthès ou des familles entières comme les Berckheim ou les Zorn de Bénéficiant de l’appui inconditionnel des milieux ecclésiatique les conservateurs ont  » le vent en poupe  » après juin écrivent dès lors des appuis de toutes parts : des professeurs Aubry et Rau à Goldenberg (surnommé le patron  » social « ) art car tous ceux qui ont l’habitude de  » voler au secours de la victoire  » ces gens bénéficient par ailleurs du concours presse active et des journaux comme l’ « Industriel et surtout l’ ‘ ‘ Alsacien ‘ ‘ ne ménagent pas leurs efforts : Rendre en toute occasion les thèses de la Droite. En Alsacien  » mène ainsi une campagne des plus virulentes le suffrage universel et le socialisme.

de 1849 à 1851, les consultations électorales montrent Teusement un net regain d’influence de la gauche radicale en Alsace ,

malgré l’élection de Louis-Napoléon à la présidence de prince obtient une majorité écrasante dans les deux départements du Rhin). Menés par Kûss et Jaenger, les r.t élire l’ancien préfet Fawtier à la députation – –   En mars de l’année suivante, c’est un véritable radicaux sont envoyés à la Chambre. Nombreux r_x qui craignent que l’Alsace ne bascule du côté de r  Des cantons comme ceux de Bischwiller, Barr et -alingen sont considérés comme acquis à la cause socialiste.

le scrutin du 10 juin confirme les espérances des uns. les rus ces autres. A l’occasion d’une élection partielle s’affrontent  personnalités en renom: Louis Liechtenberger.

le leader constitutionnel (dont le crédit a fondu au fil des mois comme neige au soleil), Charles Muller, un journaliste d’obédience monarchiste et Emile de Girardin, un journaliste de grande répu­tation et d’orientation socialisante. Ce dernier l’emporte à la surprise générale.

En août 1850, Louis-Napoléon effectue une tournée dans les départements de l’Est. Il y est accueilli avec une froideur signifi­cative, tandis qu’à Strasbourg, Mulhouse et Colmar retentissent les cris de ‘ ‘ Vive la République ‘ ‘ au passage du cortège présidentiel.

Pourtant, si les succès de la gauche en Alsace ne sont pas le fait du hasard, ils ne reposent pas sur des bases vraiment solides. De consultation en consultation le nombre des abstentions s’accroît, indice d’une désaffection grandissante des populations pour la chose publique en général et la vie politique en particulier. Aussi, lorsque le 2 décembre 1851 Louis-Napoléon s’empare de tous les pouvoirs à la suite d’un coup d’Etat, personne ne proteste Bien plus, lors du plébiscite qui s’ensuit, le 21 décembre, 204 500 Alsaciens approuvent le prince-président contre 14 500 ! Après un sursaut lumineux en 1848, les deux départements du Rhin semblent s’accommoder du nouveau régime.

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