XX
LE RHIN EST ATTEINT !
2 septembre 2016

LE DIALECTE CULPABILISÉ ?

GG

A la Libération, de nouveaux titres de presse apparaissent à l’initiative de certains mouvements de résistance. (Il y a 11 quotidiens en juin 1945, 7 en décembre 1949, 3 à l’heure actuelle). Les autorités souhaitent que le français y tienne une place prépondérante. Mais l’allemand continue de dominer en rai­son des habitudes des lecteurs. Des mesures sont donc prises pour ‘ ‘ dégermaniser ‘ ‘ la presse.

Le TEG erroné est un élément essentiel. C’est ce taux qui représente le coût réel du prêt et permet au consommateur de comparer les différentes offres de prêt.

L’arrêté régional du 1er septembre 1945 interdit ainsi l’impression et la mise en vente des publications en langue allemande. Ne sont autorisées que les publications bilingues. Celles-ci doivent avoir un titre en français et ne pas comporter de sous-titre en allemand. Un quart au moins de la partie rédactionnelle et publicitaire doit être rédigé en français, la moitié des rubriques sportives, la totalité des articles destinés à la jeunesse.

L’ordonnance du 13 septembre 1945 énumère des prescrip­tions encore plus rigoureuses : tous les textes publicitaires, les rubriques sportives et les articles destinés à la jeunesse doivent être intégralement rédigés en français. Par application, l’arrêté ré­gional du 10 janvier 1946 impose à toutes les publications alsaciennes au moins 25 % de français. Cette proportion est fixée à 50 % pour Y Alsace Illustrée de Mulhouse et à 75 % pour Jeunesse Ouvrière d Alsace.

A l’école, le français redevient la langue unique. La régle­mentation Charléty-Pfister d’avant-guerre (qui prévoit un ensei­gnement de la langue allemande à la fin du cycle primaire) est supprimée, presque clandestinement. Dans les transports publics est apposée l’inscription  » il est chic de parler français « .

Ces dispositions sont prises dans l’indifférence générale. Plus personne ne songe à plaider la cause du bilinguisme. L’allemand n’est plus seulement la langue de l’ennemi, c’est aussi celle des criminels de guerre. Même le dialecte est culpabilisé : c’est en son nom qu’avait été poursuivie la politique nazie du Deutschtum. C’est à cause de lui que les Alsaciens ont été considérés comme allemands pendant l’Occupation.

Au sein des partis politiques, la SFIO passe pour le plus ardent partisan de la « francilisation « . M. Naegelen, député SFIO de Strasbourg, est ministre de l’Education Nationale de 6 gouvernements, de janvier 1946 à mars 1948. Mais bientôt le MRP et le PC se remettent à exiger le bilinguisme scolaire. Les conseillers généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin réclament la réintroduction de la réglementation Charléty-Pfister. Une timide concession est obtenue avec le décret du 18 décembre 1952 : l’allemand peut être enseigné facultativement par les insituteurs volontaires pendant les deux dernières années de la scolarité obligatoire, à raison de 2 heures par semaine, dont une à la place de l’éducation physique.

Cette petite concession, beaucoup d’instituteurs refusent cependant de l’appliquer. Leur syndicat, le SNI, est d’ailleurs foncièrement hostile à la réintroduction de l’enseignement de l’al­lemand dans le cycle primaire. Incontestablement, le gouverne­ment en profite et temporise. Pour lui, l’école exclusivement de langue française est le plus sûr moyen de soustraire les jeunes générations à l’emprise culturelle allemande. Aussi les résultats sont-ils éloquents. L’usage du dialecte ne cesse de régresser depuis 1945 parmi les jeunes et un milieu urbain. La vente des quotidiens bilingues alsaciens diminue également au profit des éditions exclusivement françaises.

La réaction est assez tardive. Ce n’est qu’en avril 1968 que le Cercle René Schickele voit le jour. Fondée par des intel­lectuels humanistes, issus pour la plupart de la démocratie-chrétienne, cette association proclame que l’avenir des Alsaciens à l’heure de l’unité européenne ne peut être que dans le bilin­guisme, que le dialecte ne pourra se maintenir que si l’allemand, sa forme écrite, est enseigné dans les écoles, que si l’allemand est reconnu comme ‘ ‘ une des langues de France ‘ ‘.

Les membres du Cercle créent ainsi une soixantaine de classes parallèles ( » Frej Unterricht ‘ ‘) pour les enfants de 9 à 10 ans. Leur existence permet à M. Holdérith, inspecteur général, de convaincre les pouvoirs publics de généraliser à partir de 1972 dans les classes de CMl et CM2 l’enseignement de l’allemand selon une méthode de son invention exploitant l’acquis dialec­tal des élèves.

L’action culturelle et linguistique du Cercle est à présent relayée par la jeune génération de créateurs dialectaux apparue au début des années 1970, par les chanteurs (Roger Siffer, François Brumbt, René Eglès, Roland Engel…) les poètes et écri­vains (André Weckmann, Conrad Winter, Louis Schittly, Sylvie Reff…) les gens de théâtre (Jung Elsasser Buehn) les musiciens (le groupe Folk de la rue Rue des Dentelles). Tous cherchent à réaffirmer la richesse poétique du dialecte, l’originalité de la per­sonnalité culturelle régionale, loin de tout folklorisme et tout passéisme, bien au contraire en puisant leurs thèmes dans les situations actuelles. Autre tait nouveau, depuis 1977, le syndicat enseignant du SGEN-CFDT du Bas-Rhin dénonce à son tour l’enseignement unilingue française pour exiger la promotion dudialecte et l’accès à une bonne connaissance de l’allemand à l’école.

Influencé par mai 1968, ce mouvement opère une véri­table renaissance alsacienne, dont la fécondité peut être comparée aux mouvements de la Réforme ou de ceux de la fin du siècle dernier.

LES MUTATIONS ÉCONOMIQUES

L’après-guerre se caractérise en premier lieu en Alsace par la crise de tous les secteurs économiques traditionnels. En 1948, les mines de Pechelbronn ne produisent plus que 22 000 tonnes de pétrole contre 29 000 en 1938. La fermeture est décidée par paliers ; environ 2 600 employés sont licenciés en mai 1949, 740 en 1956. Des manifestations émouvantes ont lieu ainsi que de ferventes prières dans les églises. Mais rien n’y tait. La dernière unité d’extraction cesse de fonctionner en l966. Dans cette région de mono-industrie pétrolière, la reconversion est cependant difficile. Quelques entreprises nouvelles s’installent dans les environs, mais l’essentiel de la main-d’œuvre locale doit désormais aller travailler en Allemagne.

L’épuisement prévisible des mines de potasse du Haut-Rhin, la nécessité d’augmenter la productivité à la suite de la chute des cours de la potasse impose là aussi une réduction progressive des effectifs : 12 500 employés en i960, 9 000 en 1970, 7 200 en 1976, moins de 6 500 en 1978. Des journées de protestation et de grèves ont lieu en 1964-1965 ainsi qu’en 1972.

Le développement des textiles synthétiques et l’apparition des nouveaux centres de production du Tiers Monde ruinent l’industrie textile traditionnelle (coton, écru, laine peignée…). En 1975, l’industrie textile n’occupe plus en Alsace que 17,67 % de la population active contre 34 % en 1936. Les vallées vos-giennes se dépeuplent (— 60 % dans le canton de Schirmeck entre 1962 et 1975) et se laissent envahir par les résidences secondaires. L’action de protestation la plus spectaculaire reste celle des travailleurs du groupe Schlumpf, à Mulhouse, lesquels prennent possession en 1976 de la collection d’automobiles an­ciennes de leurs patrons pour en faire un Musée des Travail­leurs ouvert au public.

La main-d’œuvre, même qualifiée, ne trouve plus à s’emplo­yer sur place. Il faut passer les frontières. Les premiers tra­vailleurs frontaliers sont signalés en 1959- Depuis, leur nombre n’a cessé d’augmenter. En octobre 1976, ils sont 27 300, soit 17 440 hommes et 9 760 femmes. 12 740 d’entre eux vont travailler en Allemagne (dans la région de Karlsruhe presque essentiellement) et 14 460 en Suisse, en particulier dans la région bâloise, où les conditions de travail et de salaire sont nettement plus satisfaisantes qu’en Alsace, sans compter l’avantage d’un taux de change favorable et de certaines exoné­rations fiscales.

 

 

Comments are closed.