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LA RÉVOLUTION DE 1848
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LE DIALECTE CULPABILISÉ ?
6 septembre 2016

LE RHIN EST ATTEINT !

XX

Il n’y a pas à hésiter. Le C.C.3 et le R.I.C.M. s’y précipitent le 19, divisés en trois groupements qui suivent trois axes sensiblement parallèles. Mais il y a des  » bouchons « . A gauche, le groupement Lépinay est arrêté au sud d’Altkirch ; à droite, le groupement Dewatre à l’ouest de Ferrette. Mais au centre, celui de Seppois saute sous la pression d’un escadron du R.I.C.M. du groupement Gardy. C’est le premier village alsacien libéré. Il va y en avoir d’autres…

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Bisel, Feldbach, Waldighoffen ; chaque fois, une poignée d’irréductibles de l’arrière s’entête à disputer le passage. Mais les moteurs sont emballés. Après le franchissement de 1 ‘ 111. Gardy oblique sur Jettingen au nord. Cette fois, il n’y a plus rien devant, si ce n’est des villages qui s’estompent dans la brume du soir : Helfranzkirch, Kappelen, Brinckheim. A Barten-heim, voici la grande route Bâle-Mulhouse. Cette dernière agglo­mération est distante de 19 km. Ce sera l’objectif de demain. En attendant, un peloton de chars et une section du 1er Zouaves, commandés par le lieutenant de Loisy, continuent sur leur élan. Ils passent en trombe le hameau de la Chaussée, franchissent le pont du canal de Huningue et débouchent dans Rosenau où ils raflent une quinzaine de prisonniers stupéfaits. Encore quel­ques centaines de mètres et c’est le Rhin. Pour la première fois depuis la malheureuse affaire d’Arnheim, il est atteint par une unité alliée !

Il est 18 heures 30. La nuit enveloppe le paysage dans un voile opaque. Cela n’empêche nullement une batterie du capitaine Caire du 2e Groupe du 68e R.A. d’envoyer une salve sur la rive droite du fleuve ; ce sont les premiers obus français à retomber en terre allemande depuis juin 1940…

Mais le C.C.3 doit exploiter sans tarder son remarquable exploit. Le 20 novembre, ses trois groupements bifurquent

vers le nord, tandis qu’au sud, le 1er R.S.A.R. venu de Ferrette a progressé jusqu’à Saint-Louis et rejeté les derniers Allemands dans Huningue, où ils résisteront jusqu’au 30 devant le 6e R.I.C.

Le même dispositif que la veille est conservé par Caldairou : le groupement Dewatre à droite le long de la forêt de la Harth vers l’Ile Napoléon, Gardy au centre vers Mulhouse ville et Lépinay à gauche vers Brunstatt et Dornach. Comme la surprise est totale, il n’existe aucun barrage sur les routes. Mais il faudra encore deux jours pour réduire toutes les résistances intérieures, dont la principale sera rencontrée dans le quartier des casernes.

N’importe comment, il n’est nullement question d’avancer plus avant. L’Allemand s’accroche aux faubourgs industriels nord et à la forêt de la Harth, où le front va se stabiliser pour deux mois et demi. Bientôt, la situation de la 1ère D.B. apparaîtra même assez aventurée, car le CCI n’a pu dépasser Altkirch. L’aile gauche de la XIXe Armée allemande se maintient obstinément dans le quadrilatère Mulhouse-Altkirch, Belfort-Giromagny et fait peser sur les voies de ravitaillement de la division du Vigier une menace sérieuse, notamment à l’est de Délie.

Pour couper ce cordon ombilical, le général Wiese monte une série de contre-attaques dans le sens nord-sud, que la 5e D.B. va contenir avec la 9e D.I.Ç., tout en se gardant aux lisières ouest de Mulhouse et est de Belfort. Manifestement, le commandement adverse n’entend pas évacuer le Haut-Rhin.

DE    LATTRE    MANOEUVRE    AUTOUR    D’ASPACH

Pourtant, il est lui-même placé dans une situation délicate, puisque depuis la prise de Mulhouse et de Belfort par la 1ère Armée, il ne dispose plus que de la RN 83 Belfort-Cernay comme principal axe de communication. Le couper par une pince partant de Mulhouse à l’est et de Belfort à l’ouest, qui se refermerait à  mi-chemin des  deux  villes,  paraît assez  tentant.

Le 24 novembre, de Lattre de Tassigny est d’autant plus enclin à ordonner cette manœuvre que depuis deux jours, la 1ère D.M.I. s’est emparée de Giromagny grâce au groupement Raynal. De là, le 1er Bataillon de la Légion du groupement

Delange a conquis le Ballon d’Alsace sous des rafales de neige, tandis que les commandos de Gambiez, passant par le flanc sud du Baerenkopf, débouchaient soudain à Rougemont-le-Château, à 5 km de la route Belfort-Mulhouse !

De Monsabert se voit aussitôt prescrire l’exploitation en poussant vers l’est la 1ère D.M.I., la 2e D.I.M. et les blindés du CG.6 (Col. Tritschler). En même temps, la 5e D.B. depuis Dannemarie et la 1ère D.B. depuis Altkrich et Mulhouse devront converger avec tout le 1er Corps vers Aspach, à l’intersection des RN 83 et 466 A.

Mais le général Wiese a senti l’étau se refermer. Il décroche rapidement devant la poussée du IIe Corps et résiste suffisam­ment de temps devant Béthouart pour permettre le repli de ses divisions battues, sur Thann et Cernay. Le 28 novembre, lorsque le C.C.6 débouche sur la route Belfort-Mulhouse à Soppe-le-Bas, il trouve le village déjà occupé par le C.C.4. Le C.C.3 les rejoindra le lendemain. Dès lors, le 1er et IIe Corps s’alignent et tiennent un front continu de Kembs, sur le Rhin, aux crêtes des Vosges au sud du col de Bussang, puisque par contrecoup, la XIXe Armée a été également délogée de Masevaux et de la vallée de la Doller, ainsi que des environs de Gérardmer.

En quinze jours, la ‘ ‘ Winterlinie ‘ ‘ sur laquelle le commandant de la XIXe Armée entendait hiverner, a été transformée en passoire ; ce recul de 60 km coûte 27 000 hommes aux Allemands, dont près des deux tiers en prisonniers. Mais fait plus grave encore, à l’autre extrémité de la plaine alsacienne, un nouvel effondrement s’est produit ; Wiese est pris à revers. Combien de temps va-t-il encore pouvoir se maintenir sur la rive gauche du Rhin ?

LECLERC DÉVALE SUR STRASBOURG

Faisant suite à l’avance de la  IIIe Armée U.S. à l’est de Metz et de Chateau-Salins, la VIF Armée s’est mise à son tour en mouvement. Sarrebourg, Phalsbourg, Saverne, Bitche, Hague-nau et Strasbourg constituent ses objectifs. Ils semblent pourtant tous aussi inaccessibles derrière une triple ligne de casemates.

D’abris, de barbelés et de champs de mines, que flanquent nids de mitrailleuses et canons*de  » 88 « . Les Allemands y travaillent depuis la mi-septembre et en deux mois, malgré le mauvais temps, ils ont eu le temps de conférer à cette ‘ ‘ Vogesenstellung ‘ ‘ (Ligne de défense des Vosges) une densité et une profondeur redoutables.

Ils ont particulièrement renforcé leurs défenses autour de Sarrebourg et de Phalsbourg, où ils s’attendent à une offensive. Effectivement c’est dans cette direction que dès le 13 novembre Patch oriente sont XVe Corps avec les 44e et 79e D.I.U.S. qu’ accompagne sur la droite la 2e D.B. française.

Profitant de l’effort américain vers Blamont, Leclerc a débou­ché au nord-est de Baccarat avec les groupements Morel-Deville et La Horie. Devant lui s’étendent les contreforts vosgiens. Il n’y a pas de routes importantes ; les rares qui existent sont couvertes de neige et de verglas. Cette zone est par conséquent moins fortifiée. La faille est toute trouvée…

Le groupement La Horie se rabat brusquement le 17 novembre sur Badonviller et y tombe sur un détachement de la 708e I.D. qui s’apprêtait précisément à contre-attaquer les Américains par la droite. Deux bataillons sont bousculés et anéantis ; le reste de la division, fortement ébranlé près de Blamont, cède à son tour devant les Américains. Le groupement Morel-Deville en profite pour pousser jusqu’à Cirey, loin derrière la Vogesenstellung. Mais ce succès est endeuillé par la mort du lieutenant-colonel de la Horie, l’officier supérieur auquel von Choltitz s’était rendu, tué par un éclat d’obus à Badonviller. En 1941, au moment de rejoindre Leclerc, son camarade de Saint-Cyr, il avait confié à des amis : ‘ ‘ Dans deux ans, nous seront colonels de blindés… ou bien nous seront morts ‘ ‘.

L’ouverture de Cirey donne au commandant de la 2e D.B. l’idée d’une manœuvre aussi ingénieuse qu’audacieuse : passer les Vosges aux endroits les plus inattendus, où précisément l’adversaire ne se garde pas trop, comme cela vient de se produire entre Baccarat et Badonviller. Dio, avec le groupement Rouvillois se glissera au nord de Sarrebourg, s’infiltrera par Petite-Pierre, puis se rabattra sur Saverne.

Au sud, de Langlade et de Guillebon avec les groupements Massu  et  Mingeonnet  reprendront  la  vieille   ‘ ‘ route   des

Pèlerins ‘ ‘ que gardait le château féodal de Dabo, au col du même nom, à 653 m d’altitude, ce qui est encore abordable pour cette saison. Ils se rabattront ensuite sur Saverne où les rejoindra Rouvillois. Ainsi, le barrage dressé en avant de la trouée de Saverne se trouvera contourné sans avoir été attaqué de front !

C’est en quelque sorte, à une échelle moindre, la reprise de la manœuvre de Cassino en débordant par la montagne. La surprise sera identique et le résultat, la libération de Strasbourg en quarante-huit heures !

Dio et son second, Quilichini, démarrent les premiers, franchissent le canal de la Marne au Rhin à Xouaxange et défilent devant les défenses de Sarrebourg, où Quilichini se maintiendra pour faire diversion. Pendant ce temps, Dio continue, passe la Sarre à Oberstinzel, au nord de Sarrebourg, où le pont est intact grâce à la ruse du meunier du pays ; il a tout simplement ennivré les pionniers de garde !

Au sud, de Langlade et ses seconds, Massu et Minjonnet, s’infiltrent également. Dans la journée du 20, leurs blindés sèment la panique dans les villages bordant la Sarre Blanche et la Sarre Rouge, en amont de Sarrebourg, où le général Bruhn, commandant les défenses de la trouée de Saverne, se croit toujours invulnérable.

Des détachements allemands, en pleine relève sont bousculés, encerclés, capturés ou anéantis. Par Lafrimbolle, Saint-Quirin, Walscheid et les routes tortueuses d’alentour, chars et half-tracks atteignent enfin le lendemein la Départementale 45 qui s’élève en lacets vers Dabo. Après un court arrêt pour la nuit, on repart le 22. Juste après le sommet, que l’on appelle aussi col de Valsberg, on découvre soudain la plaine de Basse-Alsace ; aux pieds, Wasselonne et dans le prolongement, Strasbourg et le Rhin !

La descente est encore plus tortueuse que la montée ; les virages en épingle à cheveux dans les bois de sapins exigent des chauffeurs force brio. Cette chevauchée mécanique ressemble au  » scenic railway « , tant il y a d’émulation et d’excitation parmi les équipages. Arrivé en bas, Massu oblique sur Marmoutier et Reinhardtsmunster ; encore 6 ou 7 km, et c’est Saverne, où les Français pénètrent exactement à l’opposé de toutes les prévisions adverses !

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